Voici un article très interessant publié ce jour dans
la Croix :
Internet bouleverse la relation médecin-malade
Maladie, symptôme, traitement, forme physique,
alternatives thérapeutiques... les Français sont de plus en plus nombreux à
consulter Internet pour des questions de santé
Sur le Web, les sites médicaux connaissent un succès grandissant : plus de
128 millions de pages santé ont été répertoriées.
Doctissimo, le plus connu des
sites de vulgarisation santé, a reçu en 2008 la visite de huit millions
d’internautes. Vidal, le célèbre éditeur du dictionnaire des médicaments, vient
de mettre en ligne
eurekasante.fr, sur lequel on trouve les
posologies, les recommandations officielles, les effets secondaires et les
possibilités de remboursement des médicaments. « Ainsi, les patients ont les
mêmes informations que les médecins », explique Stéphane Korsia, un des
directeurs du site.
Surfant sur la vague, plusieurs sites proposent même des diagnostics en ligne
ou des conseils d’automédication, comme
docteurclic.com. « Les
différentes rubriques et tests permettent d’apprendre aux gens à se poser les
bonnes questions : Puis-je prendre des médicaments en libre accès ? Que faut-il
faire en cas de maux de tête ou de douleurs thoraciques ? Dois-je appeler les
urgences, cela peut-il attendre la prochaine consultation ? », explique Loïc
Étienne, ancien urgentiste, revendiquant le sérieux et la fiabilité des tests
d’évaluation accessibles depuis son site, « les mêmes qu’emploient les médecins
urgentistes et qui permettent d’évaluer la gravité de la situation ».
Toutes ces informations interfèrent-elles lorsque le patient internaute vient
consulter son médecin ? Selon l’Association pour la qualité de l’Internet
santé, les recherches sur le Web sont évoquées dans 30 % des consultations. «
Beaucoup de médecins se sentent agressés par des malades de plus en plus
vindicatifs. Bien sûr, l’éducation à la santé est positive. Apprendre à
reconnaître un cas de méningite est salutaire, mais Internet a changé la donne,
le patient a aujourd’hui l’impression d’en savoir autant que le soignant »,
explique Olivia Benhamou, auteur du livre
Comment peut-on encore être
médecin ? (1).
Les médecins, indispensables intermédiaires

« Depuis qu’Internet intervient dans la relation thérapeutique,
nous sommes obligés de faire de gros efforts de pédagogie et de patience »,
reconnaît Martial Olivier-Koehret, président du Syndicat des médecins
généralistes (MG-France).
« Je trouve normal que les patients s’informent, mais tout est une question de
dosage, ajoute-t-il. Certains patients internautes nous demandent de confirmer
des diagnostics parfois complètement farfelus. Il faut passer du temps ensuite
à réexpliquer, à rassurer et à faire comprendre que nous sommes des
professionnels de santé : nous sommes là pour leur apporter une réponse
particulière, pas une réflexion générale sur la maladie. De plus, il est
impossible de faire une consultation en ligne. Il ne suffit pas de répondre à
un questionnaire et d’évaluer des réponses. L’appréciation d’un individu se
fait en face-à-face, dans sa globalité. L’annonce d’un diagnostic est toujours
délicate, cela suppose d’avoir un peu d’humanité. Le risque est grand, sinon,
que l’internaute potentiellement malade reste dans sa solitude, avec son
mal-être. »
Nombreux sont d’ailleurs les malades à avoir pris peur lors de leur recherche
sur le Web. « Il y a quelques années, j’ai vu, aux résultats d’un bilan
sanguin, que mon taux de créatinine était largement trop élevé, se souvient
Lucette Bicard-Delcambre, qui souffre d’un diabète de type I. J’ai regardé sur
Internet ce que cela pouvait entraîner. Au bout de quelques clics, je me suis
déjà imaginée en dialyse. C’est mon médecin qui, plusieurs jours plus tard, m’a
expliqué que les résultats avaient été faussés par la prise d’un médicament.
Mais j’ai vraiment eu très peur. »
La fiabilité des sites médicaux en question

Sur les forums, les expériences s’échangent, des liens se créent,
mais, même avec un très bon modérateur, les dérapages peuvent être fréquents.
On trouve de tout, personnes mal intentionnées, résultats d’analyse non
adaptés, mythomanes.
Carole Robert, présidente de l’association Fibromyalgie France, en a fait
l’expérience : « Il y a quelques années, des gens s’étaient introduits sur
notre forum pour y faire des rencontres amoureuses. Les personnes malades sont
souvent en grande souffrance, il est plus facile de les déstabiliser. Depuis,
nous l’avons fermé et une grande partie de notre site n’est plus accessible
qu’à nos membres. D’une façon générale, dans le cas de la fibromyalgie, il est
difficile de poser un diagnostic et il y a différents niveaux de maladie. Il
peut donc être dangereux de lire des propos généraux sur la maladie. »
Les moteurs de recherche font aboutir l’internaute sur des pages
décontextualisées qui peuvent être aussi bien des études scientifiques très
pointues que des forums de discussion ouverts à tous. Il est rare que la
personne repère immédiatement le site sur lequel elle navigue. La plupart des
pages ne sont pas datées, et les informations peuvent être erronées, ou même
complètement fausses. Quelle confiance accorder à un site plutôt qu’à un autre
? Comment être certain de la fiabilité de l’information ?
Internet pour un meilleur suivi médico-psychologique

Consciente du problème, la Haute Autorité de santé (HAS)
recommande aux internautes de se poser trois questions lorsqu’ils naviguent sur
Internet : Qui a écrit le contenu du site ? Quelles sont ses compétences ?
Quelles sont ses motivations ? Elle recommande aussi de consulter plus
volontiers les sites détenteurs du
logo
HON. Si cette certification ne garantit pas le fond éditorial, elle oblige
le site détenteur du logo à mentionner clairement les sources, les auteurs et
les dates.
« C’est une question de temps et de pratique pour que les gens apprennent à
identifier systématiquement les différents niveaux d’information des sites
qu’ils consultent, explique Ségolène Aymé, directrice et fondatrice du site
Orpha.net. Nous
sommes aujourd’hui mondialement connus pour être une référence dans le domaine
des maladies rares et la plupart des gens concernés viennent directement sur
notre site. Pour eux, Internet est capital, c’est le seul moyen d’être mis en
relation avec d’autres malades, d’échanger leurs expériences. Le Web a une
dimension complémentaire à la prise en charge médicale. »
Devant l’ampleur du phénomène, certains médecins ont décidé de créer eux-mêmes
leur site pour compléter l’information qu’ils donnent à leurs patients après
une consultation. « Lorsque le patient est atteint d’une maladie chronique,
comme une hépatite virale B ou C, l’appui d’un site Internet peut l’aider à
comprendre et à gérer sa maladie. Il est plus facile, ensuite, de dialoguer
avec lui, explique Didier Mennecier, médecin hépato-gastro-entérologue,
créateur du site
hepatoweb.com et président de l’association des
Médecins maîtres-Toile (les médecins webmaster dont le logo est un
toucan). Mais c’est seulement après le premier entretien que je propose au
patient de consulter mon site. »
Emmanuelle FRIEDMANN
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