COMMENT LE WEB BOULEVERSE VOTRE PRATIQUE MEDICALE INTERNET IMPACT MEDECINE N° 220 - 29/11/2007

Selon une enquête de l'Inserm, les médecins font partie des professionnels de santé qui s'informent le plus via Internet. Ce résultat révèle l'impact à venir des nouvelles technologies de l'information sur la pratique médicale quotidienne.

La France a rattrapé son retard dans la consommation d'Internet: un Français sur deux est internaute, 90% des foyers abonnés utilisent le haut débit. Comme le reste de la population, les docteurs, séduits par la Toile, surfent, chatent, participent aux forums et créent leurs blogs. Mais si l'utilisation personnelle du Web chez les médecins diffère peu du reste de la population, il est difficile de savoir si les praticiens se servent du Net dans le cadre de leur activité professionnelle, Selon une étude de la Drees réalisée auprès d'un panel de généralistes des Pays-de-la-Loire, 87% des praticiens ont une connexion à Internet. La majorité l'utilisent de façon courante pour télétransmettre leurs actes à l'assurance maladie (85%), pour gérer les dossiers médicaux de leurs patients ou encore pour rédiger leurs ordonnances (79%).

La consultation interactive

Concernant l'usage d'Internet lors de la consultation, une étude réalisée par le Dr Emmanuel Croste en 2005 auprès de 3 500 médecins d'Aquitaine est éloquent. En fonction du patient, les praticiens recherchent des ressources relatives au diagnostic (documents de référence) ou encore au traitement (banques de données médicamenteuses), Pour vérifier les interactions et les contre-indications de l'ordonnance, un simple clic suffit pour accéder à des bases de données médicamenteuses gratuites (comme la banque Claude Bernard ou encore la base Thériaque). Quant aux documents de référence, ils concernent les recommandations de bonnes pratiques et les conférences de consensus. Ces documents élaborés par des organismes et des institutions peuvent être ainsi téléchargés par les médecins. «5 000 médecins téléchargent régulièrement les trois documents importants proposés par notre base, A savoir, le dictionnaire des résultats de la consultation, le Dépican qui est un logiciel de dépistage du cancer, et le eDrDFC, diffusion en recommandations francophone en médecine générale», indique le Dr Michel Arnould, généraliste et membre de la société française de la médecine générale. Les médecins utilisent aussi des sites d'informations pratiques (formulaires cerfa, calendrier des vaccinations, guide nutritionnel...) (voir enquête Cessim) pour donner des informations à leurs patients. Votre patient a un doute sur un médicament pris? Vous pouvez le rassurer en vous connectant sur l'historique des médicaments proposés par l'assurance maladie,

Dr LAURENT ALEXANDRE, président de Medcost «L'Internet mobile va se généraliser chez les médecins d'ici à 2015.»

Une formation médicale en ligne

En dehors de la consultation, les confrères se servent d'Internet pour s'informer ou encore pour faire des recherches biographiques. La toile peut ainsi se transformer en support de FMC, via les modules interactifs ou des cours en ligne. «J'appartiens à un groupe de pairs (MG-cliniques) où on discute des cas cliniques en ligne, témoigne le Dr Jean-Jacques Fraslin, généraliste. C'est une solution possible de FMC pour le médecin éloigné qui n'aura pas le temps de se déplacer». «On constate qu'une partie de l'information des médecins se fait à travers des utilisations de sources d'information via internet, Aujourd'hui, un groupe de travail étudie l'éventuel agrément de la formation à distance des sites médicaux», confie le Dr Alain Beaupin, membre du CNFMC.

Dr JEAN-JACQUES FRASLIN, généraliste «Internet est une solution possible pour la FMC du médecin rural isolé.»

Et demain?

Avec la généralisation de l'accès haut débit, vous pourrez profiter pleinement de la télémédecine. La téléconsultation par envoi de données (radio, échographie, analyses médicales...) évite dans certains cas à vos patients de se déplacer sur de longue distance, «La télémédecine va se développer mais lentement au rythme de l'acceptation des médecins pour cette technologie et au rythme des remboursements», tempère le Dr Laurent Alexandre, créateur de Doctissimo. L'arrivée récemment de l'Iphone sur le marché français, s'annonce prometteur pour la pratique médicale. «Avec le téléphone portable, les confrères vont pouvoir surfer sur Internet au chevet du patient, envoyer les feuilles de soins électroniques, et à terme gérer leur cabinet, prévoit le Dr Alexandre. C'est le premier appareil qui permet de faire de l'Internet mobile avec un grand confort.» Quant aux échanges d'informations, pourquoi ne pas compter sur le Web 2.0? Il s'agit d'un «web collaboratif» qui permet à tout internaute de participer à l'élaboration des sites ou à la construction du contenu. Wikipedia ou encore Facebook constituent les deux exemples phares de cette nouvelle technologie. Peut-il s'appliquer à la santé? Pas si sûr, selon le Dr Alexandre. «Une encyclopédie médicale construite comme Wikipedia peut contenir des erreurs. Appliqué à la médecine, le concept reste donc difficile». Et pourtant, aux Etats-Unis, plusieurs sites créés par la communauté médicale existent, dont le dernier s'appelle Sermo. Ce site permet aux médecins de partager leurs connaissances, poster des commentaires, publier leurs expériences et de voter pour le contenu publié par les autres internautes. L'objectif est de créer une communauté où les médecins peuvent se consulter et échanger entre collègues à un niveau local et également à partir de leur réseau personnel. Les médecins français seront-ils prêts à relever ce défi? Nul ne peut le dire, d'autant plus que les barrières culturelles, sociologiques, juridiques restent nombreuses. La généralisation des technologies Internet dans le secteur de la santé sera bien là. «Mais pas avant 2015», prédit le Dr Alexandre.

Quelle utilisation faites-vous d'Internet?

Dr OLIVIER MARCHAND, généraliste à Domène (Isère) «Une liste de mes sites favoris» - «Installé depuis janvier 2007, j'utilise Internet pour gérer mon emploi du temps avec l'agenda électronique ou encore pour faire des recherches documentaires, Régulièrement, j'utilise le web au cours de mes consultations pour vérifier que la thérapeutique que j'envisage est compatible avec l'état de santé de mon patient. Je recherche aussi des informations sur les médicaments et certaines pathologies. Il m'arrive aussi de consulter le site de la HAS, Je suis à l'aise avec Internet car j'ai fait un séminaire de recherche documentaire. Lors de ma formation initiale, j'ai aussi bénéficié d'un séminaire d'une demi-journée de recherche sur Internet. Cela me permet de trouver les informations fiables, Quant aux patients, ils sont en général compréhensifs. Il m'arrive souvent de leur montrer les résultats de ma recherche.»

Dr SERGE BISMUTH, généraliste à Toulouse «J'utilise la télémédecine» - «Pour moi, Internet est un outil précieux pour ma formation et l'information notamment du personnel des maisons de retraite. Depuis quelques années, j'expérimente dans mon cabinet médical la télémédecine. Il suffit d'avoir un ordinateur portable, une webcam et une caméra. Cela permet de me préparer une consultation hospitalière, d'assurer le suivi d'un malade hospitalisé, de réaliser une visite d'admission. Plus besoin dans ce cas de déplacer le malade qui doit sortir de l'hôpital et rentrer en maison de retraite. Ce dispositif peut être utilisé dans tous les cabinets médicaux. Il suffit d'avoir une ligne Internet haut débit (ADSL) et un accès à un réseau sécurisé. Grâce au réseau sécurisé mis en place par le Pr Louis Lareng, j'ai accès à tout le réseau midi-pyrénéen de télémédecine. Actuellement, je teste le matériel qui pourra être utilisé par les médecins généralistes.»

Dr CYRIL QUEMERAS, généraliste à Landerneau (Finistère) et créateur du site Médicaliste «Internet est très génération dépendante» - «J'ai crée le site Medicahstes en 1998 après la perte de mon meilleur ami souffrant d'un rejet chronique après une greffe de moelle osseuse pour une leucémie aiguë. Nous avons recherché des informations sur Internet sur cette maladie... Comme nous avons souhaité entrer en contact avec d'autres personnes souffrant de GVH, nous avons créé une liste de discussion anglophone sur le sujet. De fil en aiguille, j'ai créé des listes réservées aux professionnels de santé, Ensuite, j'ai étendu le site à de l'hébergement dans le domaine de la santé. En tout cas aujourd'hui, je me sers beaucoup d'Internet pour m'informer, pour communiquer avec des confrères et des patients, Internet est très «génération dépendante». Nous ne sommes donc pas encore prêts pour une généralisation immédiate de l'utilisation d'Internet dans la pratique médicale quotidienne.»