Médecine 2.0 : un dossier du Quotidien du Médecin
Par Pierre Martin le mardi 12 février 2008, 18:31 - Lien permanent
La médecine 2.0
Un laboratoire pour la médecine de demain
C'est une notion qui se répand chez les médecins les plus « branchés ». Médecine 2.0, comme on dit Web 2.0, le Web collaboratif qui inclut les blogs, les wikis, les forums, tout ce qui permet de travailler à plusieurs, de publier et de mettre en ligne textes et vidéo. D'ailleurs, le MEDEC a prévu une conférence sur ce thème*. Etat des lieux fréquentés par les médecins 2.0.
LA MEDECINE 2.0. Il y a ceux qui la pensent et ceux qui la font, souvent sans le savoir. L'article fondateur serait celui de Dean Giustini, de la bibliothèque biomédicale de l'UBC (University of British Columbia), « How Web 2.0 is changing medicine » (« BMJ », décembre 2006). Le mot est né peu après en France, où deux sites ont déjà une rubrique medecine 2.0. Atoute.org, du Dr Dominique Dupagne, généraliste à Paris, et Nephrohus.org, du Dr Thierry Hannedouche, néphrologue aux hôpitaux universitaires de Strasbourg.
Pour l'information et l'enseignement
Pour le Dr Hannedouche, la médecine 2.0, c'est essentiellement mettre les nouveaux outils du Web au service de l'information des médecins et de l'enseignement. Son site Nephrohus, destiné aux médecins et aux étudiants, expérimente depuis dix ans le e-learning médical. Attirant de 3 000 à 3 500 visiteurs par jour, c'est une référence en néphrologie. «Avec le Web 2.0, je peux proposer aux confrères un agrégateur de flux RSS qui regroupe sur une seule page toutes les nouveautés publiées sur Internet en matière de néphrologie. Ils peuvent même s'abonner.» «Aucun ne l'a fait», regrette le Dr Hannedouche, qui n'est pas loin de penser que ses confrères n'ont pas encore pris la mesure de la révolution.
Travail collaboratif
Les médecins sont-ils prêts au travail collaboratif ?
C'est le pari de la FHF, qui vient d'installer sur son nouveau site hopital.fr un dictionnaire médical en wiki. Les contributions doivent être envoyées directement par les médecins hospitaliers, avec un médecin coordonateur qui exerce un filtre. A suivre.
Wikipédia a tout de même réussi à mobiliser une équipe de professionnels de santé autour de son projet médecine.
Autre exemple, Urgencyclopédie, qui veut rassembler tous les documents sur le secourisme et les urgences avec possibilité d'ajout et de rectification. Quant aux podcasts médicaux, ils sont pour le moment le fruit d'institutions universitaires (Canal-U médecine, UMVF), de laboratoires pharmaceutiques (cf. les podcasts de Wyeth sur iTunes Store) ou d'initiatives privées (Radio IFM).
Le succès des sites de partage de vidéos (You Tube, Daily Motion) a incité le Dr Augustin Salemkour, cancérologue, à ouvrir Medhubvideo.com, plate-forme destinés aux acteurs de santé. Il assure avoir un millier de médecins inscrits (dont 35 % de médecins francophones étrangers), mais les vidéos en ligne sont encore peu nombreuses. «On se donne un an pour réussir.»
Surfant sur la vague 2.0, la société Peter Holmes, spécialisée dans les essais pour l'industrie pharmaceutique, a également lancé mobile-health 2.0, une plate-forme communautaire permettant de regrouper des professionnels de santé équipé d'un smartphone en un réseau unique. L'effervescence du Web 2.0 atteint la santé.
Mais la médecine 2.0 n'en est qu'à ses débuts. C'est le temps des défricheurs. Etienne Caniard ne craint pas d'affirmer que la HAS (Haute Autorité de santé), dont il préside la Commission qualité et diffusion de l'information médicale, ne peut ignorer ces nouvelles technologies qui auront inévitablement un impact important sur les pratiques des médecins. «Investir dans ce domaine est essentiel pour remplir correctement nos missions. L'expertise sur ces sujets se met progressivement en place à la HAS, la diffusion des bonnes pratiques, par exemple, ne peut se passer des possibilités du Web 2.0.» Le partage du savoir se développe, ne serait-ce que par la consultation d'Internet. Mais pour la mise en réseau des pratiques, il faudra attendre le Web 2.1 ou 3.0.
La médecine en partage
Les échanges entre médecins sur des cas cliniques difficiles ou des demandes de conseils n'ont d'ailleurs pas attendu le Web 2.0 pour prospérer. Essentiellement sur des listes de diffusion. La liste ORL francophone, lancée en 1997 par le Dr Charles Paoli, chef de service à Montreuil (CHI), est devenue Docadoc en 2003. «Il y a un forum sur le site, les archives (15000mails) sont accessibles, les messages arrivent par push directement dans la boîte à lettres pendant la nuit au rythme d'une dizaine par jour. Un confrère reçoit une réponse à une question sous 48heures.» Par son nombre d'inscrits (1 600 abonnés payants, dont 1 400 ORL), Docadoc demeure une exception.
D'une façon générale, la vingtaine de listes de professionnels de santé gérées par Médicalistes est beaucoup moins active que la centaine de listes de patients du même hébergeur. MG list émet de 20 à 30 messages par jour, suivi de Dermatolist (266 abonnés).
Impossible de citer ici toutes les listes médicales. Mgclinique sur Yahoo Groupes (une centaine d'inscrits qui répondent souvent en temps réel aux cas cliniques qui leur sont soumis), Gynelist réservée aux gynécologues, aux médecins et aux sages-femmes, Fulmedico aux utilisateurs de logiciels médicaux, etc.
L'entraide virtuelle entre confrères, ça existe. «J'ai toujours été convaincu de l'intérêt manifesté par les médecins pour la liste plutôt que pour les forums, résume le Dr Cyril Quémeras, généraliste et fondateur de Médicalistes, car c'est du push et on peut regrouper les mails pour ne les lire qu'une fois par jour.» On est loin du réseau social américain Sermo.
Une communauté de blogueurs
Le Dr Lawrence Passmore, pseudo d'un cardiologue blogueur passionné par la blogosphère médicale (« le Quotidien » du 16 janvier 2007) a constaté un accroissement important du nombre de blogs de médecins. Soixante-six, selon le wiki de Gaétan. Un bon blog médical quotidien reçoit en moyenne 500 visites par jour. Peu de patients, mais une communauté d'habitués, confrères blogueurs ou non et étudiants.
« Le toubib », 44 ans, installé comme généraliste dans une cité-dortoir du Rhône avait envie «de faire connaître la réalité du terrain» et s'est pris au jeu.
De 30 à 45 minutes entre 15 et 17 heures avant que sa salle d'attente ne se remplisse, il met en ligne trois articles. «Je réponds aux commentaires (une vingtaine par jour), je clarifie, c'est didactique. Le blog révèle les problèmes d'organisation de la médecine, en particulier celle des urgences et l'absence de fléchage pour le médecin.»
DocRica, 38 ans, installé près de Toulouse, touche désormais un public plus large. Repéré par son blog « toubib or not toubib, anecdotes, récits et réflexions d'un médecin de campagne », le généraliste s'est vu proposer d'animer le groupe Médecine du « Post », un nouveau média en ligne, lancé en septembre par « le Monde interactif ». C'est ainsi qu'il est devenu posteur le 2 décembre dernier. Le 3, il était rejoint par un confrère bien dans l'air du temps, Jean Néralbol.
Pour sa part, le «médecin de campagne» dit son «plaisir de la vulgarisation, loin des discours théoriques et scientifiques bien souvent trop loin de ce que peut assimiler le tout-public».
Son top, « la Varicelle pour les nuls », avec plus de 18 000 lectures. Il estime retirer de cette expérience une mise en contradiction et une évaluation de ses pratiques et méthodes de prise en charge dans un cadre anonyme («Ou presque, j'ai quelques patients qui m'ont pisté!»). Il « post » la nuit, après la fin des consultations (21 h 30) : «Cela me permet d'évacuer certains pics d'émotion, de sortir de ce que fais à longueur de journée –écouter les patients– et de montrer à certains lecteurs (patients en puissance) les dessous de certains comportements de médecins qui pourraient leur apparaître comme inhumains.» Une façon nouvelle de communiquer entre médecins et patients.
Le blog est un espace de dialogue, c'est ce qui a séduit Pfizer, qui souhaitait apporter son soutien à l'organisation de la FMC en France. Sur blogfmc.fr, on vient discuter des nouvelles règles et des expériences.
Le blog est en train de s'installer dans le paysage.
Un nouveau savoir
De son poste d'observateur de modérateur de forums fréquentés par les patients, Dominique Dupagne va encore plus loin. «La médecine 2.0 traduit l'idée d'une évolution majeure de la relation entre le médecin, le malade et la maladie.»
L'accès au savoir médical se répand ; en discutant sur les forums, les malades créent une nouvelle connaissance et même de nouvelles maladies (une «néosologie»). Le Dr Dupagne cite le cas de la maladie de Gilbert symptomatique. Des symptômes quasi inconnus des livres de médecine, mais que les patients décrivent avec force détails : le teint jaune, la fatigue...
Le savoir des soignants s'étend lui aussi. C'est la fin du règne des experts. Les médecins peuvent communiquer en réseau de confrères. «Cent généralistes sont aussi bons qu'un cardiologue et cent malades atteints de polyarthrite en savent plus sur leur maladie qu'un rhumatologue», résume le Dr Dupagne
Marie-Françoise de Pange.
* Médecine 2.0 : les outils communautaires au service de la médecine, jeudi 20 mars , 16 heures-17 h 30, dans le cadre du Congrès Informatique et NTIC Santé 2008.
Vade-mecum du Web 2.0
Lancé en septembre 2005, lors d'une session de travail par Tim O'Reilly, l'une des personnalités du Web mondial, l'expression Web 2.0 est encore controversée, mais elle a en tout cas fait florès. Les nouveaux acteurs à succès du Web 2.0, comme les sites de vidéo You Tube et Dailymotion ou les réseaux sociaux MySpace et Facebook, ont pris une valeur boursière considérable. Au point que l'on a commencé à parler de bulle 2.0.
Pour concrétiser les choses, on peut dire qu'en passant du Web 1.0 au Web 2.0 :
– le site perso se transforme en blog ;
– l'Encyclopedia Britannica en ligne en Wikipédia ;
– le « chat » (conversation en ligne) en réseau social ;
– le PDF en document interactif ;
– les « liens » en fils RSS ;
– l'arborescence d'un site est remplacée par la folksonomie (la taxinomie des copains), un système de classification collaboratif des contenus fondé sur l'attribution de mots clés ou tags.




Commentaires
et bien moi je suis fan de tesq articles, quoi qu'onb puisse en dire !
n'hesitez pas a vous equiper d'un lexique wow, j'ai du maal � comprendre, j'avoue :) en tout cas merci pour ce billlet int�ressant ! c'ets toujours sympathique de paqser sur ce blog :)
f�licitation pour ce topic
merci :)
c'est tr�s rare de rencontrer une telle discussion sur le net :)
c'est tr�s rare de rencontrer une telle discussion sur le net :)
topic t�s russi je vous en f�licite
merci pour ce topic, mais faut que les mentalites change!
Un blog est un journal personnel en effet mais surtout un lieu dechange et de partage d idees (tout comme je fais actuellement sur le sujet) Bref, Merci pour les tuyaux, cest tres enrichissant.